Israël et Palestine : le colonialisme de peuplement et la liberté académique Ilan Pappé

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Ilan Pappé – 1er mars 2017 – Mondoweiss

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Au cours des dix dernières années, un ancien paradigme universitaire qui était utilisé pour l’analyse historique des mouvements colonialistes européens, dans les différentes parties du monde et à différentes périodes, a refait surface aux États-Unis et en Australie, avec le désir nouveau de comprendre l’histoire moderne de ces pays. Des historiens de premier plan du monde entier ont restructuré le paradigme du colonialisme de peuplement pour y intégrer les lieux où les immigrants européens ont colonisé des terres non européennes, d’abord avec l’aide des Empires coloniaux, puis en luttant contre l’Empire et la population locale indigène.


Tous les pays d’Amérique du Nord, centrale et du Sud, sont des pays colonisés. Tout comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Algérie, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Par cela, nous voulons dire que, soit ils ont une histoire coloniale de peuplement, soit ils sont toujours engagés dans  une lutte contre la population originaire du pays.
Dans de nombreux cas, le mouvement colonial a procédé à un génocide de la population indigène (dans les cas des Amériques et de l’Australie) et en d’autres endroits comme l’Algérie, il a été impliqué dans une longue et sanglante guerre de libération, et en Afrique du Sud et au Zimbabwe, le mouvement colonial a imposé un système d’apartheid associé à des opérations de nettoyages ethniques.
Les histoires de tous ces pays, y compris leurs chapitres déplaisants, sont analysées librement par les institutions académiques du monde et ceci a considérablement aidé au processus de réconciliation et d’harmonie sociale. Représenter un pays comme ayant un passé ou un présent colonial n’est pas saper sa légitimité, et il ne s’agit pas d’une croisade idéologique. Ceci est maintenant un truisme accepté dans le monde académique.
Au sein de ce nouveau passionnant développement érudit, quelques chercheurs, notamment d’Israël, ont souhaité examiné si ce paradigme académique s’appliquait à Israël et à la Palestine. Le Journal des Études coloniales a consacré deux volumes spéciaux sur le sujet, et la prestigieuse revue d’études postcoloniales, Interventions, va publier un numéro spécial sur la question. Des dizaines d’étudiants de troisième cycle à travers le monde, notamment en Allemagne, travaillent sur l’application de ce paradigme pour le cas d’Israël et de la Palestine : cela soulève des questions non seulement sur Israël dans le