Transcender la crise du mouvement national palestinien

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Haidar Eid – Le mouvement national palestinien est au plus bas depuis sa création dans les années 1960.

Photo : Archive

Décembre 2014 – rassemblement de partisans du Fatah à Gaza – Photo : Archives

Toutefois, une crise si aiguë est porteuse d’occasions qu’il faut saisir : c’est le message principal qui se dégage des documents de ce rapport et du Cercle Politique élargi convoqué par Al-Shabaka.

Les auteurs soulignent qu’il est plus que temps de rendre à l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) son rôle de représentante du peuple palestinien et pour les Palestiniens de chercher les moyens d’en finir avec l’usurpation constante de la direction et des ressources de l’OLP par l’Autorité Palestinienne (AP) créée dans le cadre des Accords d’Oslo – une AP qui maintenant supervise des portions tronquées du Territoire Palestinien Occupé alors que les forces draconiennes d’occupation israéliennes annexent et colonisent illégalement la terre.

Le postulat de base qui sous-tend le travail du Cercle Politique, est le suivant : bien que l’OLP soit vide de toute substance, le peuple palestinien n’a actuellement pas d’autre solution que de se la réapproprier comme représentante nationale. Les auteurs n’ignorent pas les défaillances des décennies durant et les faiblesses actuelles de l’organisation.

Non seulement, ils analysent certaines des causes principales, mais ils proposent aussi des solutions réalisables.

Trois des documents se sont attaqués à la structure, aux fonctions, à la mission et à la représentativité de l’OLP, procurant ainsi une bonne base pour examiner les défis et possibilités de l’organisation.

Ceci ouvre la voie aux autres documents qui abordent les promesses d’une direction issue de la jeunesse et des défis qui l’attendent.

Pour commencer, Belal Shobaki retrace habillement l’évolution des mouvements islamistes, le Hamas et le Djihad islamique, tous deux exclus de l’OLP depuis leur création en dépit du fait qu’ils représentent de nombreux Palestiniens. Il rappelle les efforts finalement consentis pour les intégrer lors de la rencontre du Caire en 2OO5, qui s’est traduite par la Déclaration du Caire – qui reste à mettre en pratique.

Lire également : La reconstruction de l’OLP : le Jihad islamique et le Hamas peuvent-ils y contribuer ?

Il est utile de faire remarquer que tous les groupes présents à la réunion « pensaient que perpétuer son insignifiance équivalait à un suicide politique. » Depuis lors, des documents clés du Hamas (2017) et du Djihad islamique (2018) appellent à la reconstruction de l’OLP sur des bases démocratiques plutôt qu’islamiques, facilitant d’autant plus leur intégration.

Nijmeh Ali élargie la discussion à la nécessité de garantir, une fois de plus, l’implication de tous les palestiniens dans leur mouvement national. Elle rappelle comment ceci a été réalisé au début quand la représentativité et la légitimité de l’OLP s’est construite grâce à l’engagement et à la prise de décisions par le biais du consensus plutôt que par le vote.

Mme Ali décrit ce qu’elle appelle le désengagement de l’OLP vis à vis du peuple palestinien, initialement les réfugiés et les exilés de la diaspora (l’OLP ne pouvait pas officiellement représenter les citoyens palestiniens d’Israël) et finalement les Palestiniens des Territoires occupés.

Les questions urgentes qui nécessitent d’être prise en compte concernent le projet politique de l’OLP et quels Palestiniens elle vise à représenter. Tant que ces questions centrales ne sont pas résolues, les tentatives de réforme n’atteindront pas l’objectif recherché.

La question de la direction est au cœur de l’analyse de Fadi Quran. Plutôt que de reproduire le débat stérile sur l’identité du prochain dirigeant, il insiste sur le fait que la transformation de la direction palestinienne nécessite de redonner aux individus et aux communautés le sens de l’action, et ainsi d’étendre l’encadrement à tous les niveaux de la société.

En se basant sur un examen de la façon dont la situation actuelle a évolué, M. Quran s’appuie sur sa propre expérience en tant qu’organisateur ainsi que sur des exemples d’autres mouvements révolutionnaires pour proposer le modèle de direction qui servira au mieux la cause. Il appelle cela « direction par le biais de la résistance, » en soulignant qu’une telle résistance doit être « morale, stratégique, et réelle. »

Cependant, les programmes de formation d’une direction chez les jeunes aboutissent souvent à coopter des jeunes et à saper la direction démocratique. Il existe de nombreux exemples dans l’histoire de la Palestine pour contrecarrer cela. Surtout, la direction devra manier le pouvoir discursif d’un discours qui définit le mouvement avec une vision unificatrice de ce qui est possible.

Lire également : La question de la représentation palestinienne : Élections vs Recherche d’un consensus

L’exposé de M. Quran est complété par l’analyse d’un exemple convaincant de leadership de la jeunesse par Dana El Kurd, qui a fait une étude des mouvements de jeunesse. Dans son document elle se concentre sur le Mouvement de la Jeunesse palestinienne qui tout en étant lancé aux États-Unis a réussi à construire un mouvement transnational pendant quelques années avant de se recentrer sur les États-Unis et de forger des liens avec d’autres mouvements états-uniens en lutte pour les droits et la justice comme les mouvements des Noirs et des Amérindiens.

L’analyse de Mme Kurd mène à des constations clés, dont l’importance de reconnaître la diversité des expériences vécues afin de surmonter les obstacles, et de se centrer sur la jeunesse pour maintenir la vitalité d’un mouvement et sa capacité à se développer.

Marwa Fatafta s’appuie sur tout ce qui précède. Elle fait remarquer que même si la Déclaration du Caire de 2005 était appliquée, celle-ci ne ferait que partager le gâteau entre les 12 factions palestiniennes existantes plutôt que de rendre les gens acteurs. Elle souligne l’absence de mécanisme de responsabilisation efficace au cours de la longue histoire de l’OLP malgré les décisions décisives prises au nom du peuple.

Mme Fatafta lance un vibrant appel à dissocier l’OLP de l’AP et à rétablir son mandat, ce que les tentatives d’Israël pour étouffer les Palestiniens dans les TPO rendent non seulement impératif mais possible. Elle propose également des mesures pratiques pour parvenir à la responsabilisation.

Ce rapport arrive à un moment crucial. Israël cherche à légaliser son occupation des territoires qu’il a conquis en 1967 avec le soutien de l’administration qui, sous le président Donald Trump, a déjà reconnu l’annexion par Israël du plateau du Golan Syrien et a approuvé les plans israéliens d’annexion de davantage de TPO.

La direction palestinienne a rejeté à juste titre ce plan mais continue de se cramponner à une ligne politique (les paramètres d’Oslo) qui a conduit le peuple palestinien à l’une des positions les plus vulnérables de son histoire.

En outre, la direction palestinienne persiste à placer à tort ses espoirs dans des acteurs qui ont montré au cours de plusieurs décennies qu’ils n’ont pas la volonté politique de tenir leurs promesses en ce qui concerne les droits des Palestiniens.

Il n’a jamais été aussi urgent d’envisager de rétablir l’OLP en tant que direction représentative du peuple palestinien dans toutes ses réalités géographiques, sociales et politiques. Ce rapport met en évidence les questions les plus urgentes auxquelles il faut s’attaquer pour y parvenir, notamment la réconciliation entre les factions politiques, les mécanismes de représentation et de responsabilité, et les modèles de direction. De telles mesures peuvent nous permettre de reconquérir l’OLP et d’atteindre l’objectif de libération.

Août 2020 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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